Née début juin sur un groupe Telegram, en dehors de toute structure syndicale, la grève des salariés espagnols d'Airbus a forcé le limogeage du responsable RH local et menace désormais l'objectif de 870 avions livrés en 2026.

© Google Maps 2026
"C'est une grève historique, car elle part des travailleurs, et non des syndicats." Ce salarié anonyme du site Airbus de Getafe, près de Madrid, résume à lui seul ce qui rend ce conflit différent. Tout a commencé début juin en Espagne, sur un groupe Telegram créé par des salariés en dehors de toute structure syndicale. Deux mois plus tard, ce même mouvement a forcé un limogeage à la tête d'Airbus Espagne, et menace désormais l'objectif de 870 avions livrés en 2026 par l'ensemble du groupe.
Quand la grève démarre le 1er juillet sur les sites espagnols, le syndicat majoritaire chez les ouvriers, Comisiones Obreras, s'y oppose officiellement, jugeant qu'"une grève ne devait pas être une fin en soi." Les salariés font grève quand même. Le groupe Telegram, parti de quelques dizaines de membres début juin, en compte aujourd'hui plusieurs milliers. Un syndicaliste local évoque "une mobilisation comme on n'en avait pas vu chez Airbus depuis 45 ans." Face au succès du mouvement, la CGT et l'UGT espagnoles finissent par lui apporter leur soutien, sous la pression de leurs propres adhérents, pas l'inverse.
La tension est montée d'un cran lors d'une visite de terrain. Paco Sánchez Segura, président d'Airbus Espagne, s'est fait huer par les grévistes en se rendant sur le piquet de Getafe, dans la banlieue de Madrid. Quelques semaines plus tard, selon Reuters, l'ampleur du conflit aurait ébranlé la direction du groupe jusqu'à son sommet, au point de remettre en cause la gestion locale du dossier espagnol. Conséquence la plus visible : le responsable RH d'Airbus Espagne a été remplacé en plein cœur de l'été.
Après une pause pendant les congés d'août, les salariés espagnols se sont réunis le 24 août pour trancher : la grève reprend en Espagne, sans limite de durée, à compter du lendemain. Le vote de reconduction du texte de la direction a été rejeté sur un fil, 49,15% contre 45,95%. Cinq sites sont concernés, tous situés en Espagne, Getafe, Illescas, Albacete, San Pablo et Tablada à Séville, où travaillent environ 14 000 salariés espagnols du groupe.
Face à la pression espagnole, Airbus a suspendu, pour l'ensemble du groupe cette fois, son projet de réduire le télétravail, qui devait imposer quatre jours de présence sur site dès le 1er septembre. Mais le vrai point de blocage, propre à l'Espagne, reste ailleurs : les salariés espagnols réclament un rattrapage sur l'écart de rémunération qui les sépare de leurs collègues français et allemands, au sein du même groupe, pour le même métier. Un vote de reconduction est désormais prévu chaque vendredi en Espagne, en fonction des avancées obtenues entre-temps.
Sur le premier semestre 2026, Airbus a livré 351 avions commerciaux dans le monde, avec un carnet de commandes de 9 222 appareils fin juin. L'objectif de 870 livraisons sur l'année entière se retrouve désormais sous pression. Aucun salarié français n'est en grève à ce stade, mais à Toulouse, où se concentre une bonne partie de la filière aéronautique française, les syndicats suivent la situation espagnole de très près : les usines de Getafe, Illescas ou Séville alimentent directement la même chaîne de production que les sites français. Maxime Léonard, de la CGT Airbus en France, évoque déjà la possibilité de faire le lien avec une mobilisation française à venir, tant les revendications des deux pays se recoupent.
Données issues d'"Une grève historique qui part des travailleurs" : comment un groupe Telegram a pris le pas sur les syndicats, France 3 Occitanie, de Airbus repousse la réduction du télétravail sous la pression des grèves espagnoles, France 3 Occitanie, et de Grève chez Airbus en Espagne, la CGT France suit la situation de près, Boursorama.
Signé : La Rédaction Parlons Business
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