Parlons Business
Tous les décryptages
Tendances · 3 août 2026 · 09h30

Combien d'entreprises françaises utilisent vraiment l'IA ?

Entre les discours qui annoncent l'IA partout et ceux qui la jugent marginale, l'Insee tranche avec des chiffres précis. Un rapport du Sénat éclaire un angle mort : le retard ne vient pas de là où on l'attend.

IA en entreprise : l'Insee publie enfin des chiffres sur qui l'utilise vraiment

Entre les discours qui annoncent l'IA partout et ceux qui la jugent encore marginale, l'Insee vient de trancher avec des chiffres précis, publiés le 21 juillet 2026. Un rapport sénatorial, sorti trois mois plus tôt, éclaire un angle mort de ces statistiques : le retard ne vient pas de là où on l'attend.

Une adoption qui a triplé en deux ans, mais reste minoritaire

En 2025, 18% des entreprises implantées en France de 10 salariés ou plus déclarent utiliser au moins une technologie d'intelligence artificielle, contre 10% en 2024 et seulement 6% en 2023 (Insee). Le taux d'adoption a donc triplé en deux ans. Mais dans l'absolu, plus de 4 entreprises sur 5 n'utilisent toujours aucune IA en 2025. La France se rapproche désormais de la moyenne de l'Union européenne, à 20% (Insee).

Ce qui se cache derrière le chiffre agrégé

Le 18% masque une réalité plus fine. Parmi les entreprises qui utilisent l'IA, 59% en mobilisent au moins deux technologies différentes, et 36% au moins trois (Insee). La technologie la plus répandue est la fouille automatique de texte, utilisée par 56% des entreprises utilisatrices, suivie par l'IA générative de texte ou de parole (43%), la génération d'images, vidéos ou contenus audio (41%), puis la reconnaissance vocale (34%). Ce sont les technologies génératives qui ont le plus progressé en un an. Autrement dit, l'entreprise type qui adopte l'IA ne se contente pas d'un seul outil isolé, elle empile plusieurs briques technologiques en même temps, un signal d'appropriation réelle plutôt que d'expérimentation superficielle.

Un fossé net entre grandes entreprises et PME

L'écart selon la taille reste considérable. Le taux d'usage atteint 58% pour les entreprises de 250 salariés ou plus, contre une adoption deux fois moins fréquente pour les entreprises de moins de 50 salariés, qui représentent pourtant 85% du champ étudié (Insee). Les entreprises utilisatrices d'IA concentrent 66% du chiffre d'affaires total et 59% de l'emploi du champ étudié, contre 49% et 40% un an plus tôt (Insee). L'IA se diffuse donc d'abord dans les entreprises qui pèsent déjà le plus lourd économiquement.

Les entreprises qui n'utilisent pas l'IA invoquent deux raisons : 71% n'en voient pas l'utilité, un motif surtout cité par les plus petites structures, et 54% évoquent un manque d'expertise interne, un frein davantage mentionné par les grandes entreprises (Insee).

Le contrepoint qu'apporte le Sénat

Un rapport d'information de la délégation aux entreprises du Sénat, déposé le 28 avril 2026 après plus d'une centaine d'auditions, apporte une lecture qui complète utilement les chiffres Insee. Ses auteurs, les sénateurs Damien Michallet et Laurence Garnier, constatent que l'adoption de l'IA est rapide chez les salariés eux-mêmes, souvent via des outils grand public utilisés de façon informelle, mais nettement en retard au niveau des organisations, qui peinent à structurer un usage collectif et maîtrisé.

Le rapport identifie la formation comme le point faible central de cette transition, davantage que le coût des outils ou l'accès à la technologie elle-même. Ce diagnostic recoupe et affine le chiffre Insee du manque d'expertise cité par 54% des non-utilisateurs : ce n'est pas un problème d'accès à l'IA, c'est un problème de compétences pour l'exploiter correctement une fois qu'elle est là. Le rapport formule 17 recommandations aux pouvoirs publics et reclasse l'IA en enjeu de compétitivité et de sécurité nationale pour les entreprises françaises.

Le décalage révèle

Le constat du Sénat renverse un peu la lecture spontanée du chiffre Insee. Le problème n'est probablement pas tant que les salariés n'utilisent pas l'IA, une partie le fait déjà de façon informelle et non recensée par l'enquête officielle, mais que les directions n'ont pas structuré cet usage en politique d'entreprise cohérente. Pour un dirigeant, la vraie question n'est donc pas de savoir s'il faut adopter l'IA, la réponse est déjà en cours au niveau individuel dans beaucoup d'équipes, mais comment cadrer et former ce qui se pratique déjà de manière disparate, avant que les usages informels ne créent des risques de sécurité ou de qualité incontrôlés.

Données issues de Les technologies de l'information et de la communication dans les entreprises en 2025, Insee Première n°2120, publié le 21 juillet 2026, et du rapport d'information n°572 de la délégation aux entreprises du Sénat, L'entreprise 5.0 : l'impact de l'intelligence artificielle sur les entreprises, déposé le 28 avril 2026.

Écoutez les dirigeants qui font l'économie française.

Chaque semaine, un fondateur, une PME, une décision. L'émission qui ancre les analyses dans la réalité du terrain.

Voir les émissions
À lire aussi

D'autres décryptages

Newsletter

La lecture hebdo de Parlons Business.

Chaque semaine, l'économie française décodée : décryptages, interviews, analyses. Directement dans votre boîte email.

En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir la newsletter éditoriale de Parlons Business ainsi que des informations sur nos offres et abonnements à venir. Désinscription en 1 clic.