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Régions · 26 août 2026 · 16h58

À Rantigny, dans l'Oise, un projet de data center à 4,5 milliards d'euros divise un village de 2 500 habitants

Derrière la société SCI Alyssa, qui porte le projet de data center de Rantigny, se cache Realwave Group, une SAS créée fin 2024 au capital de 999 euros. Enquête sur un dossier à 4,5 milliards d'euros qui divise un village de 2 500 âmes.

À Rantigny, dans l'Oise, un projet de data center à 4,5 milliards d'euros divise un village de 2 500 habitants

Image générée à but illustratif

"Vous allez nous mettre un radiateur qui fait du bruit !" Ce mercredi 19 août, la salle des fêtes de Rantigny, dans l'Oise, a accueilli près de 300 personnes, soit un habitant sur huit de cette commune de 2 524 âmes, pour la dernière réunion publique consacrée à un projet de data center estimé à plus de 4 milliards d'euros. Aujourd'hui même, 26 août, la consultation publique qui encadre ce dossier se referme.

Qui est Realwave Group, la société derrière le data center de Rantigny ?

"Le porteur de projet se présentera quand le permis de construire sera purgé de recours", expliquait Olivier Ferreira, président de la communauté de communes de la Vallée Dorée, début 2026. Le futur exploitant final, effectivement, reste inconnu. Mais l'étude d'impact déposée dans le cadre de la consultation publique révèle, elle, qui prépare le terrain : la société SCI Alyssa, domiciliée à Choisy-au-Bac, dans l'Oise, portée par Realwave Group, une SAS parisienne créée le 6 novembre 2024, au capital social de 999 euros, dont l'objet social est explicitement "le développement, l'investissement, la construction... dans le domaine des infrastructures, et notamment dans les datacenters et l'énergie". Les registres officiels d'entreprises confirment un lien direct entre les deux structures. Fayçal Idelcadi, l'un des porteurs du projet, a résumé sa position face aux inquiétudes : "Ce sont des infrastructures qui ont beaucoup évolué et donc il faut se fier aux études."

Rantigny n'est pas un coup isolé pour ce groupe. Un projet similaire, porté avec la même logique, est en cours à Lachelle, une autre commune de l'Oise, avec plus de 150 emplois directs annoncés. Realwave Group ne parie pas sur un seul site, il déploie une stratégie de développement répétée sur le département, en amont de la revente ou de la location à un exploitant final qui, lui, choisira quand se dévoiler.

Ce que le projet représente vraiment, chiffres à l'appui

Selon l'étude d'impact officielle déposée en avril 2026, l'emprise foncière totale du projet s'élève à 328 797 m², soit 32,9 hectares. La phase actuellement soumise à autorisation, la seule sur laquelle porte la consultation publique, prévoit deux bâtiments de 96 mégawatts chacun, soit 192 MW, pour une mise en service visée fin 2029. Des phases ultérieures, jusqu'à 480 MW à terme, restent hypothétiques et non garanties, la disponibilité future de l'énergie nécessaire n'étant pas assurée à ce stade.

À pleine puissance, la consommation électrique annuelle du site atteindrait environ 2,6 térawattheures, soit l'équivalent de la consommation électrique domestique de l'ensemble des foyers du département de l'Oise réunis (ADEME, RTE, bilan électrique 2024).

Sur l'eau, le dossier technique est précis : 13 394 m³ par an pour la régulation hygrométrique des salles serveurs, puisés dans le réseau de production de la Vallée dorée, alimenté par les forages de Labruyère, la commune voisine. Aucun nouveau forage ne sera creusé spécifiquement pour le site. Le trafic généré, lui, reste limité : 100 à 120 véhicules légers par jour, 4 à 10 poids lourds par semaine.

Ce qu'en pensent les habitants

L'accueil, dans la salle, a été loin d'être unanime. Xavier, qui habite à moins d'un kilomètre du futur site, résume une partie du scepticisme ambiant : "c'est vraiment un projet qui était déjà de mauvaise qualité à la base." D'autres riverains ont interrogé les porteurs de projet sur l'absence de végétalisation complète de la toiture, ou exprimé la crainte de voir leur cadre de vie transformé par le bruit continu des installations.

Rantigny, un cas parmi d'autres dans la région

Ce projet ne surgit pas isolément. Les Hauts-de-France voient actuellement plusieurs dossiers de data centers avancer en parallèle : un projet est en discussion à Compiègne, un autre a déjà été annoncé à Dunkerque, et un centre de calcul dédié à l'intelligence artificielle est envisagé au Bosquel, dans la Somme. Localement, la dynamique pourrait aussi accélérer la reconversion d'une autre friche industrielle, le site Vallourec.

Ce que ce dossier laisse ouvert, au-delà de Rantigny

Entre Liancourt et Clermont, la vallée est faite de petites communes agricoles, de champs qui se succèdent le long de l'Oise, d'un rythme qui n'a pas beaucoup changé depuis des décennies. C'est dans ce paysage-là qu'un prélèvement d'eau supplémentaire va s'ajouter à ceux déjà existants, eau potable, agriculture, milieux naturels, sans que personne n'ait rendu publique la marge réelle de la ressource locale une fois tous les usages additionnés.

Il y a aussi un rapprochement de calendrier qui ne doit rien au hasard éditorial. Au moment même où l'État annonce un plan d'urgence pour des agriculteurs qui manquent d'eau à quelques dizaines de kilomètres de là, où un président de région écrit à Bruxelles pour réclamer un soutien face à une sécheresse qualifiée d'historique, un projet capable de consommer, à lui seul, l'équivalent électrique de tout un département puise dans le même bassin hydrique que ces exploitations en difficulté. Aucun texte, à ce jour, n'organise clairement l'arbitrage entre ces usages concurrents de l'eau quand une sécheresse survient au même moment, sur le même territoire.

Un territoire prête sa terre, son eau, son silence, à une structure créée il y a moins de deux ans. En retour, il récupère une centaine d'emplois directs et une ligne de plus dans un rapport d'investissement régional. La puissance de calcul, elle, partira ailleurs, vers un exploitant final qui n'a pas encore de nom public. Reste à savoir ce qu'un territoire est censé recevoir, exactement, en échange de ce qu'il donne.

Données issues de l'étude d'impact officielle du projet de data center à Rantigny, SCI Alyssa, avril 2026, de "Notre village, il est mort" : deux data centers géants inquiètent les riverains dans l'Oise, Epoch Times, de la fiche Realwave Group SAS, Société.com, et de "Vous allez nous mettre un radiateur qui fait du bruit !" : un projet de data center divise les habitants d'une commune de l'Oise, France 3 Hauts-de-France.

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