Couvreur en Occitanie depuis 2012, Laurent Aubel a fait un pari simple : puisqu'un panneau solaire se pose sur un toit, autant que ce soit un couvreur qui s'en charge. Quatre ans après avoir lancé son activité photovoltaïque, il défend une conviction qui dépasse la toiture, face à un prix de l'électricité que plus personne ne maîtrise, produire sa propre énergie n'est plus un geste écologique, c'est une décision économique.
Couvreur en Occitanie depuis 2012, Laurent Aubel a fait un pari simple : puisqu'un panneau solaire se pose sur un toit, autant que ce soit un couvreur qui s'en charge. Quatre ans après avoir lancé son activité photovoltaïque, il défend une conviction qui dépasse la toiture, face à un prix de l'électricité que plus personne ne maîtrise, produire sa propre énergie n'est plus un geste écologique, c'est une décision économique. Entretien sur un métier du bâtiment qui s'est transformé en réponse à un problème de pouvoir d'achat.
Un couvreur avant d'être un installateur
Le raisonnement de Laurent Aubel part d'un constat de métier. Couvreur depuis 2012, il a vu passer, chez ses clients, quantité d'installations solaires posées par des entreprises qui n'étaient pas couvreurs, et les fuites qui allaient avec. La plupart des sociétés qui posent des panneaux, rappelle-t-il, ne maîtrisent pas la couverture ; or un panneau mal fixé, c'est d'abord un toit qui prend l'eau. « Ce qu'on demande d'abord à un toit, c'est d'être étanche avant de produire de l'énergie », résume-t-il. L'ordre des priorités n'est pas anodin : il inverse la logique commerciale habituelle du photovoltaïque, où la production d'électricité prime sur le bâti.
C'est de ce constat qu'est née, il y a quatre ans, l'activité photovoltaïque des Couvreurs Occitans. Le déclencheur a été personnel autant que professionnel : Laurent Aubel voulait équiper sa propre maison, sans trouver à qui confier le chantier en confiance. Il a décidé de s'y mettre lui-même, en s'appuyant sur le savoir-faire de couverture déjà en place, la garantie, une fois l'installation terminée, étant que le toit reste étanche. L'entreprise compte aujourd'hui huit agences réparties sur plusieurs départements, Ariège, Comminges et l'agglomération toulousaine, entre agences de couverture et agences photovoltaïques, et revendique près de 550 foyers équipés en Occitanie.
Une décision économique, pas esthétique
Sur le terrain, Laurent Aubel est clair : personne ne pose des panneaux pour l'esthétique. Le moteur, c'est la facture, dans un contexte où les prix de l'énergie ont fortement augmenté ces dernières années. Il en parle d'expérience, il dit avoir lui-même payé jusqu'à 550 euros d'électricité par mois avant de s'équiper, un montant qui pesait sur son budget et, selon lui, dévalorisait sa maison à la revente. Son objectif était de diviser cette facture par deux, un résultat qu'il affirme avoir atteint chez lui, avant d'ajouter encore des panneaux pour la faire baisser davantage.
L'exemple qu'il met en avant pour les professionnels est plus frappant encore. Un pharmacien voisin, raconte-t-il, dépensait 5 500 euros d'électricité par an. Après un investissement de 18 000 euros dans une installation photovoltaïque, il autoconsommerait 70 % de sa production et amortirait son système en quatre ans et demi. Des chiffres qu'il présente comme ceux de ses clients, et qui traduisent une logique simple : plus la facture de départ est élevée, plus le calcul devient favorable. Les professionnels, qui consomment le jour, quand le soleil produit, et paient souvent l'électricité plus cher que les particuliers, seraient donc les mieux placés pour y trouver leur compte.
Un prix de l'électricité devenu incontrôlable
Le cœur de l'échange porte sur ce qui échappe désormais au consommateur. Laurent Aubel décompose le prix de l'électricité en trois parts d'ampleur comparable : la production, les taxes, et le transport assuré par RTE. La production française, largement nucléaire, reste selon lui bon marché, il avance un coût de sortie de centrale de l'ordre de 4 centimes le kilowattheure, à comparer aux quelque 19 centimes payés par le consommateur, l'écart s'expliquant par le transport, les taxes et les marges.
Mais cet équilibre, prévient-il, est en train de bouger. Il rappelle que l'accès régulé à l'électricité nucléaire historique (l'ARENH) et le bouclier tarifaire se sont arrêtés au 31 décembre, exposant davantage les prix français au marché européen, plus volatil et sensible à la conjoncture internationale. Le premier signe donné par les pouvoirs publics, ne pas augmenter les tarifs en ce début 2026, lui paraît trompeur : avec la fin du dispositif, estime-t-il, l'électricité aurait dû baisser de 8 %, ce qui n'a pas été le cas. À plus long terme, la nécessité de renouveler le parc nucléaire pèsera, selon lui, sur un coût de production aujourd'hui très bas.
La comparaison européenne qu'il dresse donne la mesure du risque tel qu'il le perçoit : autour de 19 centimes le kilowattheure en France, contre 35 en Belgique et au Danemark, 38 en Allemagne, une trentaine en Espagne et en Italie, le tout après une hausse française qu'il chiffre à 53 % sur dix ans. Se rapprocher ne serait-ce que des voisins du sud représenterait, avance-t-il, 50 % d'augmentation supplémentaire. Ces montants sont ceux qu'il cite au plateau ; ils situent un ordre de grandeur et une inquiétude, davantage qu'ils ne constituent un relevé officiel.
Produire pour soi, stocker pour le soir
Sa conclusion tient en une phrase : « L'électricité qu'on fabrique, on n'a pas à l'acheter, et elle peut augmenter tant qu'elle veut. » Une fois producteur, on cesse d'être exposé aux hausses. D'où le glissement qu'il observe, de la revente vers l'autoconsommation. Revendre son surplus a perdu son intérêt : l'État, qui a longtemps racheté l'électricité très cher, ne rachète plus qu'à quelques centimes, ce qui n'a plus rien d'attractif. L'enjeu devient donc de consommer sa propre production, et de dimensionner l'installation en fonction de ses besoins réels et de ses factures, plutôt que de viser la revente.
Restait le problème des foyers absents la journée, quand le soleil produit sans que personne ne consomme. La réponse, ce sont les batteries, un marché que Laurent Aubel dit avoir vu mûrir vite, porté par les progrès du véhicule électrique, qui a permis de stocker davantage dans des volumes plus réduits. Les Couvreurs Occitans se présentent d'ailleurs comme distributeur exclusif des batteries Tesla Powerwall, qui stockent l'énergie produite le jour pour la restituer le soir, au moment où l'on rallume le four, la plaque de cuisson ou le chauffage. On ne paie alors pas cette électricité, puisqu'elle a déjà été produite et stockée.
Un investissement de long terme
Reste la question de la rentabilité dans la durée. Laurent Aubel annonce un amortissement moyen de huit ans pour une installation dont la production est estimée à vingt-cinq ans, avec des panneaux garantis vingt à vingt-cinq ans et des onduleurs, les pièces les plus sensibles, garantis douze ans, souvent complétés par des extensions de garantie que la plupart de ses clients souscrivent. Il s'appuie sur des installations plus anciennes, moins performantes que celles d'aujourd'hui, qui continuent pourtant de produire, pour soutenir que la technologie tient dans le temps.
Son pari, enfin, tient à la trajectoire des prix : si le coût de l'électricité poursuit sa hausse, l'amortissement ne fera que s'accélérer, en particulier pour les professionnels dont les factures sont les plus lourdes. Là où le photovoltaïque était longtemps présenté comme un choix militant, Laurent Aubel le formule comme un arbitrage financier, reprendre la main sur un poste de dépense que l'on ne maîtrise plus, et bloquer une partie de son coût de l'énergie sur vingt à vingt-cinq ans.
Laurent Aubel / Gérant des Couvreurs Occitans
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