La quasi-totalité des clémentines vendues en France vient de Corse, où 215 producteurs cultivent 1 721 hectares dans la plaine orientale. Face à l'Espagne et ses 2 millions de tonnes annuelles, un vrai combat de David contre Goliath.

Image générée à but illustratif
Octobre. Sur la plaine orientale, entre Bastia et Porto-Vecchio, les vergers commencent à s'orner de petites taches orangées. Pendant trois mois, jusqu'à janvier, cette bande de terre concentrée entre mer et montagne va produire, à elle seule, la quasi-totalité des clémentines vendues en France. Face à elle, un voisin qui pourrait l'écraser d'un revers de production : l'Espagne.
"C'est un peu David contre Goliath." La formule n'est pas d'un producteur romantique, elle vient de l'Inrae elle-même, dans une étude scientifique sur l'avenir de la filière. Les chiffres lui donnent raison sans détour : la Corse récolte entre 25 000 et 36 000 tonnes de clémentines par an. L'Espagne en sort 2 millions. Et pourtant, ouvrez n'importe quel filet de clémentines dans un supermarché français, il y a de fortes chances qu'il vienne de cette île, pas de la péninsule voisine.
Le premier clémentinier planté sur l'île remonte à 1925. Il aura fallu attendre 2007 pour que le fruit obtienne une indication géographique protégée, puis 2014 pour un Label Rouge. Aujourd'hui, 215 producteurs se partagent 1 721 hectares dans la plaine orientale, une concentration si resserrée qu'elle a fini par façonner un signe de reconnaissance à elle seule : la feuille verte laissée sur le fruit, preuve silencieuse de fraîcheur que le client repère avant même de lire l'étiquette.
La campagne 2025-2026 affiche environ 36 000 tonnes, un repli de 23% par rapport au record de l'année précédente. Sur le papier, ça ressemble à un mauvais chiffre. Sur le terrain, la lecture est différente : la qualité a tenu ses promesses en calibre et en coloration, et les cours se sont maintenus fermes, nettement supérieurs aux millésimes précédents (DRAAF Corse). "Cette année sera moyenne par rapport aux trois dernières années", résume Bernard Beissy, agrumiculteur à Serra-di-Fiumorbo, avant d'ajouter que les fruits ramassés restent, eux, très beaux.
Il y a les clémentines qu'on vend en filet, calibrées et parfaites. Et il y a les autres, celles dont la forme ou la taille ne conviennent pas à l'étal, mais qui n'ont rien perdu de leur goût. À Linguizzetta, un collectif de producteurs et d'industriels a fondé en 2021 l'Atelier Corse Fruits et Légumes pour leur donner une seconde vie. Chaque année, 3 000 tonnes de ces fruits jugés imparfaits y entrent, et vingt-trois produits différents en ressortent, entre rayon alimentaire et cosmétique. Rien ne se perd, tout se transforme, et une partie de la récolte que personne ne verra jamais en filet continue malgré tout de faire vivre l'île.
Données issues du Bilan de campagne clémentine 2025/2026, DRAAF Corse, publié le 17 avril 2026, de Récolte des clémentines de Corse IGP : une filière optimiste, France 3 Corse, et de Des visions d'avenir sur la filière agrumicole corse, INRAE.
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